Les Katas de Karaté Do
Le mot Kata signifie "forme" ou "modèle" dans une idée de "moule". Basiquement, un Kata est une succession de positions et de déplacements avec des enchaînements techniques de blocages et d'attaques. Mais le Kata doit être avant tout dans l'esprit du pratiquant, un "combat" vécu comme réel avec des adversaires imaginaires.
Chaque Kata, chaque séquence du Kata a un but éducatif précis et souvent recèle des notions plus profondes "masquées" destinées à transmettre le savoir des Maîtres par l'enseignement direct et non par la simple répétition des mouvements chorégraphiques. Ces préceptes cachés ne sont jamais transmis par des écrits, mais uniquement lors de stages ou de cours et encore la plupart du temps sont-ils seulement suggérés.
Les Bunkai (application pratique de la technique pure) et Bunkai Kumité (application dérivées vers le combat réel) permettent cette compréhension et révèlent des formes complexes sur des techniques apparemment simples. Un simple blocage peut être utilisé en attaque, en dégagement ou en technique de saisie ou de projection sans pour autant sortir de la ligne pure du mouvement.
Au travers de l'apprentissage, de la répétition et du perfectionnement des Katas, c'est le combat lui-même qui est enseigné par le travail de la stabilité des positions, de la compréhension des poids de corps et des transferts de masse et d'énergie, par la coordination des mouvements, par la respiration adaptée et par la technique elle-même. Le Kata est tout à la fois une voie de travail et de recherche, un exercice d'apprentissage, tant physique que spirituel et un modelage du corps et du mouvement juste.
On distingue classiquement dans le développement des Katas par Maître Oyama les formes linéaires et stables qui viennent de l'influence Shotokan (Shorin Ryu et Kempo) de Maître Funakoshi (Katas du Nord) et les formes plus fluides et circulaires influencés par Maître So Nei Chu en Goju Ryu (Katas du Sud).
Les Katas Kyokushinkai d'initiation
3 Taikyoku (de poings), 3 Taikyoku ura (forme de travail inversée)
3 Taikyoku Sokugi (de pieds), 3 Taikyoku Sokugi ura
Le mot "Taikyoku" vient de "Tai Chi" et signifie "ultime grandeur", dans une idée d'ouverture d'esprit. C'est cette ouverture que doit rechercher le débutant dans cette "forme" de base.
Les Katas Kyokushinkai de base
5 Pinan, 5 Pinan ura
"Pinan" est le mot Okinawaïen pour "Heian" en Japonais et signifie repos ou paix intérieure. Le propos de ces Katas est la recherche de l'harmonie technique par la répétition de ces 5 "formes". Les Katas "Ura" sont plus une forme de travail et d'exercice qu'un Kata proprement dit. Ils sont la base essentielle pour comprendre et appliquer les appuis au sol, les déplacements et la stabilité des positions en combat.
Les Katas Kyokushinkai respiratoires
Sanchin no Kata
Tensho
Les Katas Kyokushinkai respiratoires se travaillent avec une respiration énergétique sonore (Ibuki), issue du centre sous ombilical (Tanden).
"Sanchin" signifie "3 pas" ou "3 affrontements" ou "3 phases" selon les interprétations. C'est sans doute le Kata le plus ancien du Karaté Do. Les buts de Sanchin sont de développer l'esprit par la technique et le modelage du corps ; la santé par le travail organique interne des viscères et les 3 centres énergétiques (Tento - la tête, Hara - le ventre, Tanden - le centre sous ombilical). Sanchin doit pouvoir être travaillé sur un sol instable tel une barque sur l'eau, sans perte de stabilité.
"Tensho" désigne la "main qui saisit". Tensho, souple et circulaire est la forme "Yin" (douce) du travail respiratoire, face à la forme "Yang (dure) de Sanchin (fort et linéaire). Tensho est une forme de base du travail de self défense. Tensho est l'illustration technique d'un dogme de Sosai Oyama : ce qui commence par le point finit par le cercle pour une parfaite maîtrise de l'efficacité.
Les Katas Kyokushinkai supérieurs
Geksai Dai
Geksai Sho
Tsuki No Kata
Yantsu
Saiha
Tekki sono Ichi
Tekki sono Ni
Tekki sono San
Bassai
Geksai signifie l'occupation (Geki) de la forteresse (Sai). Le but de ces deux Katas est de démontrer la valeur de la fluidité du mouvement pour en dégager la force qui peut investir une défense solide. Avancer et reculer y démontrent la même efficacité en combat. Geksai Dai et Geksai Sho abordent les bases d'un rythme de travail d'enchaînements à 3 temps.
Tsuki No Kata représente la "forme du poing", c'est le travail de base du linéaire. On y trouve la compréhension des différentes positions de pieds et le passage de l'une à l'autre avec la recherche de stabilité et de travail d'un déplacement sans changer de hauteur. D'autres notions plus profondes comme le travail du Hara et le déblocage de la force à partir des hanches y sont abordées
Yantsu signifie "les trois (Su) protections (Yan)". Son but est de permettre la compréhension d'un combat pour un pratiquant placé dos à un mur, encerclé par 3 adversaires. Force statique et passage du linéaire au circulaire en sont les bases de travail.
"Saiha" signifie "écrasement" ou "destruction", mais représente aussi la notion de "vague", telle celle qui anime le rythme du Kata, sans cesse enchaînant fluidité ou force pure. L'un des préceptes cachés de ce kata est son application en combat réel contre deux adversaires qui cherchent à encercler le combattant. C'est sans doute le seul Kata dont on puisse démontrer le Bunkai du début jusqu'à la fin avec seulement deux partenaires qui se relaient pour enchaîner les attaques prédéterminées.
Pour mémoire, il faut savoir qu'à la toute origine des Katas Kyokushinkai, Maître Oyama avait inclus les 3 "Tekki" et les Katas "Bassai", "Empi" et "Jion", abandonnés par la suite, puis repris par Kancho Matsui pour certains. "Bassai" et les trois katas "Tekki" sont des katas issus des styles linéaires. En 2005, seuls quelques rares Shihan japonais les maîtrisent et ont reçu le droit de les enseigner.
Les Katas Kyokushinkai avancés
Garyu
Seipai
Seiienchin
Kanku
Sushi Ho
Soki
Taizan
"Garyu" représente le Dragon qui se repose. Dans la philosophie japonaise, un Maître qui médite dans le noir est nommé "Garyu". Ce surnom fut d'ailleurs attribué à Sosai Oyama pendant les premières années du Kyokushinkai. Le Dragon (tout puissant) qui se repose choisit de ne pas utiliser sa puissance pour détruire. On trouve dans Garyu les difficultés techniques les plus élevées du Kyokushinkai (sauts, enchaînements complexes avec risque d'instabilité, travail au sol) mais la présence constante des dégagements et des saisies permet de ne pas détruire inutilement l'adversaire. C'est le seul Kata Kyokushinkai qui ne vient pas d'un autre style de karaté.
"Seipai" est le Kanji d'Okinawa pour le chiffre "18" et de nombreux styles de karaté le déterminent comme le Kata des 18 techniques de mains. C'est un Kata dont le sens caché est de permettre l'apprentissage d'un combat dans un couloir contre de nombreux adversaires situés de part et d'autre du pratiquant.
"Seiienchin" signifie "la conquête", mais il faut y trouver ici un sens secondaire. Il est admis que ce Kata était pratiqué par les Samouraïs en campagne de conquêtes, pour fortifier leur esprit et leurs membres inférieurs avec le travail répété des Kiba Dachi en position basse. Un but de ce kata est d'apprendre à un pratiquant le combat en étoile contre des adversaires qui l'encerclent de toutes parts.
"Kanku" est le Kata princeps. Très long, il a été "découpé" par la suite pour en tirer les 5 Katas "Pinan" afin de permettre un apprentissage plus aisé par les débutants. "Kanku" signifie le "vide de l'Univers". Le premier mouvement veut rappeler la renaissance du jour et du lever du soleil avec l'idée que chaque jour est nouveau et apporte sa part d'apprentissage sur la voie du Karaté Do.
"Sushi Ho" est connu dans d'autres styles sous le nom de "Gojushiho Sho", ce qui veut dire "54 (Go Ju Shi) déplacements". C'est le kata le plus long du Kyokushinkai et il est considéré comme l'étape ultime dans la pratique de ces formes de travail.
"Soki" et "Taizan" sont des katas issus des recherches personnelles de Kancho Matsui. En 2005, Ils ne sont enseignés qu'au Japon.
Les Katas d'armes traditionnelles
Bo Kihon sono ichi
Nunchaku Kihon sono ichi
Tonfa sono ichi
D'instauration récente (2005), ces katas ont été introduits dans la progression Kyokushinkai par la volonté de Kancho Matsui. En 2005, seuls quelques rares Shihan japonais les maîtrisent et ont reçu le droit de les enseigner. Ils n'ont pas encore franchi en 2005 les frontières du Japon.